Il y a un peu de tout, notamment des avis sur tout mais surtout des avis !
Plus discrète et moins connue que Cadaquès, Begur et son cap se goûtent sans modération.
Située au cœur du Baix Empordà si cher à mon coeur, au creux d’un cap entaillé d’une dizaine de criques (comme Aigua Blava) à couper le souffle, Begur est cernée de collines de chênes et de pins maritimes, striées de torrents convergeant vers la mer.
Ce relief a d’ailleurs donné naissance à une expression proverbiale Catalane :"puja i baixa com les muntanyes de Begur" (ça monte et ça descend comme les montagnes de Begur). Pour y accéder depuis les terres, il faut franchir les muntanyes de la Guardia plantées de forêts profondes.
C’est la mer qui a décidé du destin de la ville haute et blanche décrite par Josep Pla, l’écrivain de Palafrugell. Lluís Llach y a chanté les "vinyes verdes vora al mar". Le village se tapit au creux de la terre, invisible depuis la mer mais viscéralement relié à elle par un réseau de sentiers et de plages où se prélassent quelques barques de pêcheurs.
Des traces de peuplements paléolithiques, puis romains ont été mises à jour lors des fouilles de 1908, il faut attendre le Xième siècle pour que soit fait mention du nom Begur (seigneur féodal Arnust de Begur).
C’est au Moyen-âge et à la Renaissance que la cité a pris de l’importance, comme en atteste les ruines du château médiéval (détruit sur ordre de la flotte anglaise durant les guerres napoléoniennes), les tours de défense et chemins de ronde (XVIème siècle) mais aussi la remarquable église gothique. Un peu plus loin, le hameau d’Esclanyà est un véritable musée roman à ciel ouvert.
L’église a été construite vers 1280 sur les ruines d’un temple antérieur. Begur partage avec Cadaquès une histoire de razzias barbaresques, fréquentes et violentes au cours des XVIe et XVIIe siècles, ce qui explique les fortifications côtières et les tours de guet.
Plus tard, les chemins de ronde seront empruntés par les pêcheurs, puis par les carabiniers contrôlant la contrebande du tabac, ou s’assurant, sous le franquisme de sinistre mémoire, qu’aucun Républicain n’embarque pour des terres plus libres. Ils ravissent aujourd’hui les randonneurs.
Le poisson de roche de Begur est l’un des produits les plus recherchés de la Costa Brava. Tous les ans, d’avril à mai, la campagne gastronomique des poissons de roche regroupe les restaurants de Begur dans une quête culinaire plébiscitée par un public fidélisé et curieux.
Mais tout n'a pas toujours été rose. Après la disparition du corail, le phylloxéra a ravagé la quasi-intégralité du vignoble. Des centaines de jeunes vont être poussés à l’exil. Ceux qui restent se tournent vers le liège fourni par les chênes tout proches.
La famille Forgas est ainsi rapidement à la tête d’un ensemble de 25 usines qui emploient une grande partie de la population jusque dans les années 1960, avant que Begur ne trouve un second souffle avec le tourisme, la beauté de son environnement et son originalité.
Si la Costa Brava et l’Empordà regorgent de villages médiévaux (Peretallada, Pals), et de sites magnifiques, seule Begur se revendique comme une ville indienne (entendons les Indes de Christophe Colomb, c’est-à-dire les Amériques).
Le site le plus connu est le cap de Begur qui accueille des plages et criques du nord au sud, la platja del Racó, l’Illa Roja, et la baie de Sa Riera. Enfin, sur la Platja Fonda, à Fornells et Aiguablava, les Dominicains avaient construit un couvent, aujourd’hui devenu un hôtel de luxe : le Parador d’Aiguablava.
De vieux sentiers mènent d’une crique à l’autre, et du village à la mer. Partout, c'est la même plongée dans le bleu.
Begur est bien plus qu’une destination touristique : c’est une expérience à ne pas manquer.