Les années 50...
Le lancement de la nouvelle génération de poids lourds dits modernes arrive à point pour relancer l’économie française qui se relève avec peine des séquelles de la seconde guerre mondiale.
Si les voitures neuves se vendent au compte-gouttes, avec des délais d’attente ahurissants, les Français, faute de mieux, se rabattent sur les occasions, qui sont souvent des autos rescapées de l’occupation. Pas question de cote argus, ni de garantie !
On prend ce qu’on trouve, au prix demandé. Beau temps pour les arnaqueurs de tous poils, les garagistes véreux et la "bonne occase" garantie jusqu’au coin de la rue ! On a tous en tête l'histoire imaginaire de ce type qui connait un type à qui on a refilé une moto au piston en bois.
C’est le temps béni où des petits malins rachètent à bas prix des stocks de Jeep, Dodge ou GMC des surplus américains et font fortune en les revendant en province.
C'était le temps béni où la police regarde ailleurs lorsque passe un GMC chargé d’un Dodge, lui-même portant une Jeep et tirant avec une corde encore un ou deux véhicules sans moteur !
Pendant ce temps, Vincent Auriol, président de la République, inaugure les 24 heures du Mans en 1950, saluant les prolétaires à pied, confortablement installé à l’arrière de sa nouvelle Talbot-Lago carrossée par Saoutchik. C'est un peu normal, le couteux véhicule ayant été payé par ces mêmes prolos !
Talbot est une marque française de prestige (cocorico !) qu’on retrouve en tête à l’arrivée, vingt quatre heures plus tard. La Talbot-Lago 4l.5 des "Rosier", père et fils, garagistes à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), remporte en effet la première victoire française de l’après-guerre.
(J'ai même le modèle Dinky Toys sorti à l'époque, avec sa peinture, son numéro 1 et son petit "Louis Rosier" d'origine et j'ai galéré pour retrouver les pneus gris crantés d'origine et d'époque).
Au même moment sonnent "les trois cloches", chanson populaire qu’interprètent Edith Piaf et les compagnons de la chanson, rois de la ritournelle au même titre qu'Yves Montand ou Charles Trénet, chantent 'l'âme des poètes".
Gauloise (ou Gitane ou autre cibiche) au coin du bec, monsieur porte la gabardine de couleur mastic, bien ceintrée à la taille, et un feutre mou sur la tête, histoire de jouer les Gabin ou Pierrot-le-fou car le "milieu" est à la mode.
Madame, quant à elle, se serre la taille dans une gaine "Scandale", pour pouvoir enfiler son tailleur cintré.
Elle porte un petit bibi à voilette sur la tête, et la voici ressemblant à une gravure du "Petit Echo de la Mode".
Pas de télévision, bien sûr, et les Français se mettent à table devant de bons petits plats mitonnés, qui sont tout de même autre chose que la cuisine surgelée, tout en écoutant sur leur Radiola ou Sonneclair à lampe (avec l'oeil magique vert) le feuilleton du soir.
"Chut ! Ça va être la famille Duraton... et après, c’est Zappy Max !" Profitons-en car les veillées au coin du feu n’en ont plus pour bien longtemps !
@+ (zut, on est déja en 2012)... :(