Il y a un peu de tout, notamment des avis sur tout mais surtout des avis !
Un diaporama qui circule en ce moment sur Internet nous offre un constat alarmant comme quoi on nous mentirait systématiquement sur la provenance de notre alimentation.
En fait, il existe encore de très bons produits, mais il est vrai que çà se paye et de très mauvais qui, s'ils ne sont pas toxiques, sont insipides et parfois fabriqués avec beaucoup de cochonneries.
Toutefois dans ce fameux diaporama, on constate que le dossier est instruit à charge et contient pas mal de mensonges.
On ne répètera jamais assez l'importance de bien lire les étiquettes. Par ailleurs, un prix trop bas de produit discount n'est pas un gage de tradition et d'utilisation des meilleurs ingrédients, c'est évident.
Je vous propose donc un examen de ces produits alimentaires en me cantonnant seulement à ceux présentés dans ce diaporama.
1 – LE CHAMPIGNON DE PARIS.
Faut pas exagérer. Il n'y a pas de terroir là-dedans et même en traversant les catacombes Parisiennes de long en large, je vous défie d'y trouver des cultivateurs de champignons. Ce pauvre agaric industriel est d'ailleurs appelé "Italian mushroom" par les britanniques ! La France en est le 4ème producteur mondial, le premier en étant… les Pays-Bas ! La seule solution vous permettant de choisir de l'Agaricus Bisporus produit en France reste de lire l'étiquette…
2 – LA CHARCUTERIE CORSE
Le développement du tourisme de masse a favorisé l’émergence d'industries s'approvisionnant à l'extérieur. On peut donc trouver de la charcuterie Corse, au mieux faite avec de la viande importée du continent et transformée en Corse, ou pire, fabriquée n'importe où ailleurs.
La vraie charcuterie Corse est incomparable (tout comme la charcuterie Catalane ou Alsacienne, chacune dans leur genre).
Les cochons corses donneraient donc des dizaines de fois leur poids en charcuterie car on rencontre très peu d'élevages de cochons Corses, et encore moins de cochons sauvages se nourrissant de glands tandis que les supermarchés regorgent de montagnes de charcuterie Corse ?
Seules les étiquettes ne mentent pas et vous permettront de déguster la vraie charcuterie Corse qui est une pure merveille.
L'INAO met en place les labels AOC "Charcuterie de Corse", "Lonzu de Corse", "Jambon de Corse" et "Coppa de Corse" gage d'un produit 100% corse.
3 – LE JAMBON D'AOSTE
Attention, ne pas confondre la ville d'AOSTE en Italie et AOSTE en Isère ! La seconde n'est qu'une marque déposée de jambon industriel, sans aucun label rouge ni AOC. Cette usine est la propriété de l'américain SMITHFIELD FOODS.
En revanche, le véritable jambon d'AOSTE italien est un admirable produit artisanal que l'on trouve en très faible quantité !
Une publicité avec une musique de Bel Canto entretient savamment le flou mais là encore, lire les étiquettes n'est pas interdit, et même plutôt recommandé.
4 – L'AOC "CHARCUTERIE DE BRETAGNE" ???
Le diaporama évoque une AOC "charcuterie de Bretagne" qui n'existe pas. Vous pouvez vérifier sur le site de l'INAO. (lien cliquable).
Le principe d'une AOC est de garantir l'origine géographique du produit. Or, le diaporama vient inclure dans cette fameuse AOC Bretonne fictive, l'andouille de Vire. Ce sont les normands qui vont apprécier le sérieux de la chose !
5 – LA MOUTARDE DE DIJON
La dénomination "moutarde de Dijon" s'applique à un certain mode de fabrication, mais n'impose aucune origine aux graines utilisées. Elles viennent principalement de Bourgogne et du Canada.
Il est toutefois possible de trouver de la moutarde 100% française : lire l'étiquette et choisir un produit avec la certification "IGP Moutarde de Bourgogne". Sinon, elle risque de venir de bien loin de DIJON !
6 – LE COUTEAU LAGUIOLE
Je ne vois pas très bien ce que vient faire ici le célèbre couteau Aveyronnais. On l'associera donc comme un couvert. Le mot "Laguiole" n'est pas une AOC et ne désigne pas la provenance mais la forme du couteau. Il est hélas légal d'appeler n'importe quel couteau chinois ou pakistanais "Laguiole" s'il a cette forme. Il suffirait d'obliger à positionner de manière indélébile le pays d'origine pour solutionner le problème.
Vous pouvez toutefois acheter un couteau 100% français qui est vendu avec un certificat du lieu de production attestant de l’origine de chaque pièce. Choisissez une marque reconnue car c'est une garantie. Attention aux couteaux sans marque ou avec la seule mention "laguiole" sans logo) et n'achetez pas votre couteau à bas prix sur Internet.
7 - SAVON DE MARSEILLE
A moins de faire des bulles comme le pape, je ne savais pas que l'on pouvait manger du savon. Mais comme il figure dans le diaporama…
Le vrai savon de Marseille ne peut se prévaloir d'être un produit de terroir car ce n’est pas un produit alimentaire. C'est une variété de savon lié à une méthode de fabrication. Beaucoup de savons de Marseille viennent de Turquie mais suivent le procédé marseillais.
La majorité des savons du commerce viennent du Sud-Est asiatique (Malaisie et Indonésie notamment, là où poussent les palmiers à huile). Le procédé du savon de Marseille (fabrication à partir d’huiles brutes) n'est plus respecté puisque fabriqué à partir d’acides gras.
Pour un savon 100% français, il faut choisir les fabrications de la savonnerie de l’Atlantique. Si les productions sont 100% made in France, l'usage de matières premières étrangères est inévitable. Pour avoir un savon qui mousse, il faut y incorporer de l’huile de palme ou de de coprah. Lire l'étiquette du savon est la meilleure manière de s'y retrouver. Paradoxalement, on rencontre des problèmes chez les artisans qui vendent des produits nus, à l’étiquetage absent. S'il manque la liste des ingrédients (obligatoire), c'est que vous avez dans les mains un savon de Marseille aux yeux bridés.
8 – LE MELON CHARENTAIS
Comme pour les champignons de Paris, le melon charentais est un nom de variété plutôt qu'un produit de terroir. Le melon charentais est seulement un type commercial de melon défini par les règlements communautaires. Cela peut prêter à confusion et le qualificatif "charentais" devrait être remplacé par "français" pour simplifier les choses. Contrairement à ce qu'affirme l'auteur du diaporama, nous parlons bien de types commerciaux et non de terroirs d'origine.
9 – LE CAMEMBERT
L'AOC Camembert de Normandie est très claire. Avant elle, il existait cependant des camemberts pasteurisés. Le mot "camembert" est hélas devenu un nom générique.
L’AOP représente environ 4% des camemberts fabriqués en France et 6% des camemberts fabriqués en Normandie. L'appellation "Fabriqué en Normandie" qui concerne un fromage de même forme est de nature à induire le consommateur en erreur. L’étiquetage n’est pas mensonger, les fabricants étant trop au fait de la législation et les sanctions étant sévères.
On doit juste reconnaître que certains industriels sont très habiles d’un point de vue marketing. Il suffit de lire attentivement l'étiquette pour savoir ce que l'on mange. Le coût est un facteur de choix mais il peut vous donner une indication sur le vrai produit et celui ressemblant.
10 - HUILE D'OLIVE
Une fois de plus, il suffit de lire l'étiquette. La mention "première pression à froid" ou "extraite à froid" ne peut être apposée que sur une huile d'olive vierge extra de niveau supérieur.
La mention d'origine ne peut être utilisée que pour les deux catégories supérieures (vierge et vierge extra).
Pour les qualités inférieures, on ne risque pas grand chose en France, car la vente d'huile d'olive de qualité "grignons" n'est utilisée que pour la conserve. En lisant l'étiquette d'une huile, on sait ce qu'on achète vraiment. Reste le cas de la fraude, mais la situation a bien évolué et les contrôles sont tels qu'une huile estampillée AOC est vraiment une AOC. Il peut rester une fraude à l'origine mais elle est facilement décelable. Il peut être inscrit en gros le nom d'une commune et d'un code postal fleurant bon le sud, et la mention "produit CE" en tout petit. On le constate surtout sur certains marchés mais si c'est écrit AOC ou AOP, vous savez ce que vous achetez.
CONCLUSION
Ce diaporama alarmiste soulève quelques problèmes intéressants. Dommage qu'il fasse preuve d emauvaise foi en mélangeant d'authentiques produits du terroir (AOC ou IGP) avec des noms de variété. L'auteur omet systématiquement tout ce qui serait susceptible de tempérer son propos. Pas de quoi paniquer, mais il convient d'être vigilant. On ne répètera jamais assez que la lecture des étiquettes est devenue indispensable.
Soyons des "consomm'acteurs" actifs et attentifs et n'oublions pas nos lunettes quand nous faisons les courses…
@ + et bonne semaine
(Pour ma part, je passe dès demain matin en mode "Catalunya")...