Il y a un peu de tout, notamment des avis sur tout mais surtout des avis !
Tout est dit en titre. La Catalogne, une des plus vieilles nations européennes, forte de sa culture millénaire, de sa langue jalousement conservée, et de son économie parmi les plus dynamiques d'Europe, ce n'est pas l'Espagne.
La Catalogne, nation à part entière, c'est un autre pays. Les Catalans n’ont cessé, au cours des siècles, de manifester leur différence de langue et de culture pour se libérer du joug castillan. La poussée indépendantiste d’aujourd’hui n’a donc rien d’une poussée de fièvre. C'est l’aboutissement de décennies d’attente.
Après la guerre d’Espagne, les Catalans en exil ont leur propre gouvernement et misent sur la démocratie pour se faire entendre. Ainsi, lorsque meurt Franco et que le roi Juan Carlos se prononce contre toute attente en faveur d’un système démocratique, Catalans et Espagnols s’entendent pour que soient restaurée la "Generalitat de Catalunya" et son parlement.
Dès lors commencent les négociations relatives au statut d’autonomie du pays, qui portent sur la langue et la culture, pour permettre à la Catalogne de s’organiser et devenir la 6e région économique d’Europe. Ne pouvant donner des gages de fédéralisme à la Catalogne, et dans l'impossibilité d’ignorer les réactions d’une opinion publique espagnole hostile aux particularismes, le gouvernement invente de toutes pièces 15 autres régions autonomes qui n’avaient rien demandé.
Ce millefeuille devient une gabegie : 17 gouvernements autonomes (plus le personnel et les élus) engloutissent les crédits européens. La Catalogne est riche et dame le pion à l’Espagne où le TGV dessert des zones désolées, pour quelques dizaines de voyageurs, en Extremadura et en Andalousie.
Les aéroports sont parfois construits pour deux dessertes par jour, mais rien de tel pour la Catalogne privée de TGV par Madrid, pour cause d’atermoiements sans fin, alors qu’elle est la porte vers l’Europe du nord. La crise pèse sur l’Espagne dès 2007. Le nouveau gouvernement Rajoy prend la responsabilité de ne pas reverser à la Catalogne son ratio d’impôts alors qu’elle contribue pour plus de 30% au PIB de l’état. C’est la goutte de trop.
En 2012, le jour de la Diada (fête nationale de Catalogne) regroupe plus d’un million et demi de Catalans, dont quelques dizaines de milliers venus du nord, pour réclamer l’indépendance. Artur Mas, le président de la Generalitat, est dépassé par cette expression populaire. Il évoque une possible autodétermination.
La société catalane tout entière se saisit du problème : partout, sur les balcons des banlieues comme dans les cœurs de ville, fleurit la "estimada Estelada" (banière indépendantiste étoilée). Les réseaux sociaux sont inondés de messages réclamant un référendum.
Le 11 septembre 2013, deux millions de Catalans de souche ou de cœur se donnent la main sur plus de 400 km de côte (Imaginez 20 millions de Français dans la rue pour comparer).
Une marée humaine dit stop aux vexations et trahisons de l’Etat espagnol qui s’attaque à l’usage de la langue et rogne les acquis. Artur Mas promet un référendum sur l’indépendance et Madrid multiplie les provocations.
La Catalogne a rendez-vous avec son destin : un rendez-vous pacifique et démocratique qui rebat les cartes de la construction européenne.